Meteor crater.

16 septembre 2015.

Le météore qui tomba sur l’Arizona il y a 50 000 ans avait cinquante mètres de diamètre, et il arriva sur Terre à la vitesse de cinquante mille kilomètres/heure.

L’énergie consommée fut considérable, de l’ordre de celle dégagée par une bombe thermonucléaire actuelle ; à l’échelle de la planète les dégâts furent cependant très limités, et intégralement absorbés en un siècle ; d’autant que la météorite ne contenait que du nickel et du fer – les mêmes éléments que ceux qui font le cœur de notre planète.

Le site est rocheux et désolé ; il a toute l’apparence d’un cratère lunaire. La NASA y envoya d’ailleurs des astronautes s’exercer à évoluer dans ce paysage semblable à celui qu’ils rencontreraient sur notre satellite.

Notons que le météore lui-même a disparu. Des recherches ont été conduites jusqu’à une profondeur significative sans retrouver l’objet ; c’est qu’il s’est volatilisé lors de l’impact, après avoir perdu déjà la moitié de sa masse lors de son entrée dans l’atmosphère.

Notons aussi que le site du Meteor Crater est privé, ce qui n’est pas étonnant au pays de la libre entreprise ; sa visite est donc payante.

Zombies.

New York, juin 1984.

La scène se passe dans Washington square, parc arboré de Greenwich Village qui sert de jardin aux familles, mais aussi à tous les hippies et junkies du quartier. On trouve là des gens qui dorment sur les bancs, des amis qui jouent au badminton, des cyclistes en sueur, des noirs équipés de monstrueux poste de radio, des gymnastes qui s’entraînent, des équilibristes et des jongleurs qui rodent un numéro pas vraiment au point, des vendeurs de tout, licite ou pas, des solitaires qui déroulent les postures de qi gong et de tai chi ; longtemps, avant qu’ils s’établissent dans Bryant Park, on a pu admirer les joueurs de pétanque pratiquant en français, avec béret basque pour certains (les puristes, sans doute). L’exiguïté du parc et le mélange de sa population forme un violent contraste avec Central Parc, ses allées cavalières et ses runners aux tenues coûteuses.

Aujourd’hui une troupe de jeunes s’est emparée du succès planétaire sorti à peine deux ans auparavant, Thriller, l’objet musical le plus vendu au monde. C’est un chant de peur et d’horreur, centré sur les abominables créatures de la nuit, et sur la mort qui approche ; ils ont copié la mise en scène de Michael Jackson avec un certain talent.

Sur Washington square le spectacle est permanent.

Dimanche matin au Village.

Manhattan, 10 juin 1984.

On est au coin de la 7ème Avenue et de Bleecker street. Ce matin vers sept heures de lourds camions ont livré aux stands quelques mètres cubes de la presse du dimanche. Avec les suppléments, – pages économiques, sport, vie culturelle – certains numéros frôlent le kilo.

Le volume de New York Times livrés est impressionnant ; et pourtant nous sommes dans Greenwich, le quartier le plus bobo de Manhattan, où la presse reine est le Village Voice qui parle de la vie locale, c’est-à-dire ce qui se passe autour de Washington square ; et le Voice a un poids bien moins considérable, on dirait un journal européen.

Il va bientôt faire très chaud ; la circulation automobile est atone. Il aurait fallu faire les courses hier soir mais on est rentré tard du Village Vanguard où on a bu trop de Bud, alors on prendra le petit déjeuner dans un bar : un jus d’orange, un café (à volonté), un œuf miroir, deux pancakes au sirop d’érable.

Whiskey.

Bardstown, juillet 1978.

Bardstown (Kentucky), qui ne compte pas 12 000 habitants, a reçu le titre de capitale mondiale du Bourbon, ce qui explique qu’on y trouve un Musée du whiskey, en plus des neuf distilleries produisant à plein régime leur liqueur confectionnée à partir d’orge… ou de pommes de terre.

L’alambic présenté sur la photo n’est que l’un des innombrables dispositifs clandestins qu’on montait et démontait rapidement pour échapper aux taxes, et qui fonctionnaient souvent la nuit, souvent en plein air. Les Irlandais étaient de grands spécialistes de cette activité, d’ailleurs interdite dans leur pays… depuis 1661 ! La liqueur produite, appelée poteen, atteignait un taux d’alcool meurtrier (de 60 à… 90% d’alcool).

Poubelles à Alphabetville.

New York, août 1988.

L’artiste qui a commis ce graffiti avait bien du talent – plus que d’orthographe. S’il plane toujours une part de mystère sur le sens du dessin qu’il nous a laissé, on peut y distinguer peut-être un elfe nettoyeur satisfait de son travail pendant que, sous le regard abruti d’un ado intoxiqué de musique et de tabac, le peintre prend le large avec ses pinceaux et ses bombes de peinture. Le tout devant une exposition de poubelles bien en rapport avec le sujet traité…

La photo a été prise dans Alphabetville, un coin retiré de Lower East side, refuge au début du XXème siècle d’immigrants allemands assez nombreux pour faire de New-York la troisième ville germanophone du monde après Berlin et Vienne ; puis de juifs pauvres,  de réfugiés de l’Est européen, de Portoricains (les Nuyoricans) qui y établirent un actif marché de drogues illicites faisant de la zone une des plus dangereuses de la ville. Ce qui n’est pas rien.

Alphabetville a été ainsi nommée parce qu’on y trouve les quatre rues de New-York portant un nom composé d’une seule lettre : les avenues A, B, C et D. Après avoir constitué le cadre de Taxi Driver, l’avenue B a été chantée par Iggy Pop, qui y vivait.

Aujourd’hui l’avenue D reste, à ce qu’on dit, un lieu passablement difficile peuplé de gens modestes ; les trois autres rues sembleraient en cours de gentrification (bobos, artistes bohêmes, traders branchés…).

Au Blue Note.

New York, avril 1988.

C’est la boîte de jazz la plus réputée de New York, et peut-être du monde. Il faut faire la queue pour être admis à y prendre une consommation coûteuse dans des conditions de confort détestables.

Mais quelles affiches ! On ne serait pas surpris que les jazzmen qui y assurent une session paient pour y exercer leur talent ; passer au Blue Note, comme au Village Vanguard ou au défunt Paper Moon, c’est une forme de la consécration.

Aujourd’hui, c’est Illinois Jacquet qui tient le saxophone ténor au sein de son big band créé en 1983 sur l’insistance des étudiants de Harvard, où il était artiste résident. Il a joué avec Lionel Hampton, Cab Calloway, Lester Young, Count Basie. En 1988 il avait 66 ans ; il avait encore 16 ans à vivre. Né en Louisiane, il tenait beaucoup à ce qu’on prononce son nom à la française, Jaquè.

Le son d’Illinois et de son ensemble c’est celui du jazz qu’on aime, avec son rythme et sa joie, le jazz que nous ont offert les GI de 1944 en nous apportant la liberté. l

Niagara.

Niagara Falls, juillet 1978

Les chutes sont partagées entre le Canada et les États-Unis ; la partie canadienne, en forme de fer à cheval et large de plus de sept cents mètres, est photographiée ici à une hauteur de deux cents mètres depuis la tour Skylon, qui permet de découvrir toute la campagne environnante. La vapeur d’eau qui s’élève lorsque les eaux du lac Erié se déversent dans celles du lac Ontario signale les chutes bien avant leur grondement.

Autour du site se sont naturellement établis depuis quelques années toute une foire commerciale et des « spectacles » touristiques affligeants ; des projections colorées salissent cette merveille naturelle à la nuit tombante, et l’on ne peut s’empêcher de rêver à la jeune princesse qui fonda chez les indiens le mythe des chutes, méconnaissable sous ce maquillage grossier.

On entre au cœur du fer à cheval dans des bateaux qui portent justement le nom de cette princesse, Maid of the Mist ; on nous revêt de longs cirés, mais la buée envahit tout. On est saisi d’étouffement et d’angoisse quand le bateau s’approche du tonnerre, que la vue se perd et que l’air se dérobe.

Gettysburg.

Gettysburg, juillet 1978

Gettysburg a été un des lieux d’engagement féroce entre les forces de l’Union et celles des Confédérés lors de la guerre de Sécession : 10 000 morts, 25 000 blessés pendant cette bataille de trois jours en juillet 1863 qui se termina dans les rues de Gettysburg et ne fit qu’un seul mort civil : Ginnie Wade, une fille de vingt ans tuée dans sa cuisine pendant qu’elle faisait du pain…

La défaite de Lee fut le tournant de la guerre civile ; les confédérés ne purent ensuite que mener des batailles défensives de plus en plus difficiles. La confrontation entre – pour faire simple – les colons agricoles et les entrepreneurs industriels se conclut donc par la victoire de ces derniers, après quatre ans de guerre et plus de 600 000 morts.

Près du Cimetière National un entrepreneur avisé construisit en 1974 une tour de cent mètres de haut qui permettait de comprendre les phases de la bataille grâce à des documents et une vision complète du terrain ; c’est de cette construction qu’est prise la photo ci-dessus. Considérée comme une offense au cadre historique de cette bataille, elle fut détruite en juillet 2000.

Feu !

La caserne 105 intervient

Trois camions et deux véhicules de service de la caserne 105 sous les ordres du chef de bataillon Spillane interviennent pour maîtriser le feu qui vient de se déclarer dans une quincaillerie proche d’un dépôt de meubles, à l’est de Manhattan. Les hommes du NYFD – le New York Fire Department – sont appelés chaque année sur plus de 50 000 départs de feu ; plus de 350 d’entre eux sont morts dans l’effondrement des tours du World Trade Center le 11 septembre. C’est peu de dire qu’ils sont regardés par les new-yorkais comme des héros.

Plus encore que dans une ville normale la rapidité d’intervention dans une cité composée presque uniquement d’immeubles de plus de cent mètres de haut est décisive pour éviter une catastrophe ; aussi lorsqu’on entend la sirène terrible des pompiers new-yorkais les véhicules dégagent AUSSITÔT la voie qui leur est réservée au milieu de la chaussée ; leurs immenses camions passent à une vitesse terrifiante.

Aujourd’hui l’incendie développe d’immenses tourbillons de fumée épaisse et sombre ; il est impossible d’entrer dans l’immeuble. Le matériel du squad délivre l’eau sous une pression énorme, et les jets détruisent la toiture lorsque les hommes visent la charpente en feu. La grande échelle envoie à trente mètres de haut une plateforme d’où les pompiers commandent l’orientation du jet d’eau ; ils portent tous une bouteille jaune d’air comprimé pour survivre une vingtaine de minutes dans la fumée.

Au sol une cellule de gestion suit sur un tableau le déplacement de chaque homme engagé ; le 6ème bataillon sera au complet ce soir pour rentrer avec Spillane.

C’était avant…

Du bateau qui conduit à Ellis Island et à la statue de la Liberté on a une vue superbe sur l’extrémité de Manhattan, ses immeubles hétéroclites et la verdure de Battery Park. En contrepoint de toute cette modernité couronnée par les tours jumelles du World Trade Center, une petite goélette seule remonte le vent sous foc et clin foc ; elle musarde devant ce panorama qui n’est pas de son temps.

Le bleu du ciel et de la mer imprègne tous les puissants bâtiments qui sont le signe de la richesse accumulée dans la nouvelle Babylone. La démonstration de puissance frôle l’ostentation. Elle se concrétise surtout dans ce double jaillissement qui élève jusqu’à 411 mètres de haut l’orgueil d’être américain.