
Ce palais idéal est, bien sûr, celui du facteur Cheval.
Construction de toute une vie consacrée obstinément à réaliser un rêve de beauté, cet immense vaisseau posé dans son écrin de nature nous fait penser aux temples cambodgiens dévorés de banians. Hommage naïf à de grandes civilisations ou de grands hommes, revendication orgueilleuse d’un homme du peuple et fier de l’être, dédale poétique et délire de pierre, ce palais a été construit en trente-trois ans par un homme seul, qui parcourait pour son métier, à pied, trente-trois kilomètres chaque jour…
Seule réalisation architecturale notable de l’Art Naïf, il a été classé Monument Historique. Ce n’est que justice – il fallait rendre hommage à cet entêtement, à cette passion, à cet accomplissement d’un projet purement esthétique, à cette volonté de placer le beau au-dessus de sa vie même.
La principale curiosité du petit village d’Hauterives se situait naguère dans l’habile géométrie des pierres qu’on y utilisait pour les murs de quelques maisons et de nombreuses clôtures ; c’est désormais l’étonnant palais de son facteur, de son vivant médiocrement admiré, qui fait accourir la planète entière.
Devant ce Palais idéal on sourit parfois ; mais on est saisi de respect pour cet acte gratuit. Cet homme à l’ambition simple rend confiance en la puissance de la volonté.








