Saint Paul de Vence derrière les iris.

Vence, 8 mars 2012.


La Côte d’Azur ruisselle de couleurs ; ici il n’y a pas de saison grise.

En décembre les fleurs disparaissent pendant quelques semaines ; puis, dès que la froidure s’allège, c’est le retour du mimosa, la fleur fragile et odorante emblématique de la région. Quelques autres fleurs jaunes donnent avec lui aux mois de janvier et février leur couleur de miel.

Puis en mars arrivent les fleurs bleues et violettes : l’iris dans les endroits frais, les agapanthes, puis la glycine, le plombago, la bougainvillée contre les vieux murs ensoleillés.

Enfin s’ouvrent à la moitié du printemps les buissons multicolores des lauriers-rose, sauvages ou disciplinés dans les haies, arc-en-ciel profus dont le feuillage peut être mortel. La beauté parfois est un piège.

Un iguane au Parc Phoenix.

Nice, 9 septembre 2008.

Herbivore tropical, l’iguane est le plus gros des lézards après les varans ; il peut atteindre un mètre cinquante et quatre kilos. D’un naturel calme – sauf quand un concurrent envisage de s’établir sur son territoire – il s’est introduit dans le groupe de ce que l’on appelle les NAC, les Nouveaux Animaux de Compagnie. Songez que l’animal consacre, au long d’une vie d’une douzaine d’années, environ 3% de son temps à se reproduire, 1% à manger et, sans recourir à aucun syndicat, 96% à ne rien faire…

Ceux du terrarium de Nice ne sont visibles que par hasard car ils sont de la couleur de la végétation, et quand ils bénéficient de la chaleur qui leur convient (entre 29 et 39°), ils observent une immobilité parfaite. Néanmoins si vous ne le voyez pas, lui vous voit très bien.

Grossissez l’image et admirez sa peau et ses reliefs délicats : c’est de l’art. D’ailleurs on sait que l’art est d’abord dans la Nature.

Le théâtre de Cocteau.

Cap d’Ail, 6 novembre 2003.

Le Centre Méditerranéen d’Etudes Françaises – une sorte d’Alliance Française dont l’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse est un partenaire privilégié – a été fondé en 1957 à Cap-d’Ail par Jean Moreau. Activiste de la culture, de la pédagogie, de la jeunesse et de la diffusion de la langue française, ce géant entreprenant et infatigable invita un jour Cocteau (qui demeurait alors au Cap-Ferrat) à assister à la représentation par une équipe de jeunes d’une pièce de Lorca. La représentation eut lieu dans une petite salle rabougrie.

Cocteau se prit d’amour pour le Centre, installé largement en bord de mer, et pour ses activités ; il proposa à Jean Moreau d’y édifier un théâtre absolument méditerranéen, entre mer et pins parasol. Construit à moindre frais et dans des conditions qu’on dirait aujourd’hui citoyennes et participatives, le théâtre ne fut que le premier pas d’une collaboration constante et assidue de Cocteau avec le Centre.

Jean Cocteau était ce qu’on appelle un « touche-à-tout » disponible pour tous les arts, toutes les fêtes, tous les travaux de l’intelligence. Littérature, théâtre, cinéma, décoration, musique, il a effectivement touché à tout. Il a beaucoup donné à la Côte d’Azur, qui lui a édifié à Menton un musée hélas ! submersible.

Cocteau reste un des représentants d’une époque, l’entre-deux-guerres, disparue. Son art joli date un peu. Il faut cependant l’aimer car c’était un ami de Proust.

Contre-jour à l’Annonciade.

Saint Tropez, 9 mars 2008.

Le charmant petit musée de Saint Tropez donne sur le port ; il est à un jet de pierre des cafés à la mode et des terrasses submergées d’estivants. On y trouve ce qui a fait le tournant du siècle dans la peinture française : d’abord Signac et donc le pointillisme, quelques nabis et leurs à-plats vigoureux, Cross qui s’appelait Delacroix et quelques autres. L’Annonciade est un petit musée frais et riant, qui donne à voir sans apparat ni prétention.

Devant la fenêtre une nymphe – une naïade plutôt – de Maillol se montre sans gêne ni ostentation dans sa superbe nudité. Il n’y a que de l’innocence dans cette belle, de l’élégance dans son attitude, de la santé dans ses formes pleines. Dans quelques années le vieux sculpteur de soixante-treize ans trouvera définitivement son inspiration chez une adolescente de quinze ans, Dina Vierny.

Cette sculpture, c’est l’alliance de la simplicité et du réalisme. Loin de l’humour grinçant de Botero, on comprend pourquoi cette figure a inspiré Henry Moore.

Alpes Maritimes

Antibes, 15 février 2009.

Cette image des remparts d’Antibes, prise avec une longue focale depuis la plage de la Salis, est assez emblématique de la Côte d’Azur et particulièrement des Alpes Maritimes.

La grande tour qui surplombe à gauche un enchevêtrement de toits de tuiles est celle du musée Picasso, un des trois musées nationaux du département – précisons que pour la France entière il n’y a que 13 musées nationaux en province : voilà qui met bien à sa place ce département qui chérit les Arts. Dans le fond de l’image les sommets enneigés du Mercantour et de l’Italie se découpent sur le ciel bleu; la mer étale, d’un bleu plus soutenu, baigne les roches qui forment le soubassement de la fortification. On comprend le goût des riches européens qui depuis un siècle viennent en hiver profiter de ce spectacle sous le soleil.

On voit aussi, éclatantes de blancheur, les superstructures des yachts luxueux ancrés à ce qu’on appelle le port des milliardaires ; et il est vrai que chacune de ces unités vaut le prix d’un petit immeuble à Paris. La Côte d’Azur est faite de ces contrastes, puisque les plus extrêmes richesses se sont installées près des maisons de pêcheurs. Les deux populations ne se portent pas ombrage ; car elles ne se rencontrent qu’à de rares occasions, lorsque les russes opulents ou les anglais flegmatiques se livrent à des expéditions ethnologiques sur les marchés provençaux.

La brissaudo chez Jacky.

Tourrettes, 4 décembre 2010.

Ce soir il y a brissaudo chez Jacky.

Allez donc expliquer ce qu’est ce rendez-vous d’amitié à ceux qui sont nés au nord de Montélimar ! Le dictionnaire apporte à cette question une réponse somme toute exacte, mais qui ne tient en rien compte de la vie des gens et de leur immémoriale tradition ; il dit :

            « Une simple tranche de pain grillée, frottée à l’ail et enduite d’un filet de la première pression d’huile d’olive… »

Au moins avec ces mots les gens d’ailleurs peuvent comprendre un peu les gens d’ici. Un peu seulement, parce que la brissaudo, c’est d’abord la fête de l’huile nouvelle, celle qu’en décembre donnent les olives nouvelles ; parce que l’ail délie l’imagination et élargit le cœur ; parce qu’avec l’huile on déguste du jambon nouveau et on boit un vin rêche de l’année qui s’est fait au soleil ; parce qu’enfin la fête de l’huile nouvelle c’est d’abord la fête de l’olivier, l’arbre tutélaire symbole de longévité, de sagesse et de frugalité.

Quant-à l’huile nouvelle, elle donne aux connaisseurs l’occasion de commenter sa couleur, qui va de l’or le plus éclatant au vert le plus sombre ; son odeur, sa robe, son goût… L’huile nouvelle donne son onction à tous les mots et tous les mets de la vie.

Ce soir il y a brissaudo chez Jacky. Chacun repartira avec une bouteille de son huile nouvelle dans la nuit froide percée de myriades d’étoiles. Mais nous aurons chaud d’un banquet simple et antique que connaissaient déjà Homère, et Ulysse, et sans doute Haroun ar Rachid.

Les fleurs de la Côte.

Vence, 17 avril 2010.

Les fleurs de la Côte colorent les saisons. L’année commence dans le jaune du mimosa qui ensoleille fugitivement, avec l’enivrant parfum qu’on lui connaît, la fin de l’hiver. Dans sa douceur duveteuse il annonce, après une parenthèse de fraîcheur, le retour des beaux jours.

Puis le bleu succède au jaune. C’est d’abord le bleu profond, presque violet, des iris qui se pressent au bord des ruisseaux ou sur les accotements des routes ;  à chaque pied une couronne de feuilles raidies protège la fleur indolente.

Sur les clôtures et les vieilles murailles éclosent ensuite les grappes de glycines presque blanches qui se faufilent dès qu’elles le peuvent sur les arbres et les haies ; pendant quelques jours leur richesse et leur force annoncent avec certitude le printemps. Celle que montre la photo se trouve à mi-chemin sur la pénétrante qui va de la mer à Vence. On guette chaque jour d’avril son arrivée, elle tarde, on s’inquiète – et puis un jour elle est là, sans prévenir, elle offre sa profusion, on sait que la chaleur est de retour.

Enfin viennent les fleurs bleues qui vont durer tout l’été : les bougainvillées, dans des nuances qui vont là aussi jusqu’au violet, déploient au soleil leurs épaisses draperies et tapissent les routes de bord de mer. Elles resteront jusqu’aux derniers beaux jours, faisant croire aux étrangers que leurs feuilles sont des fleurs.

Pendant tout l’été aussi on admire des fleurs bleues moins connues des gens du nord : le plombago délicat qui colle aux doigts, l’agapanthe dont la lourde tête fleurit les massifs des villes.

Enfin la vraie fleur du midi va exploser en buissons multicolores : le laurier-rose déploie toutes ses couleurs dans tous les chemins, il dure toute la saison, il apporte la joie dans les foyers comme l’olivier donne l’or des cuisines et la vigne le soleil des verres.

L’abbaye de Roseland.

Nice, 21 septembre 2003.

Cette abbaye greffée à mi-côte de Fabron… n’a jamais été une abbaye ; ni aucune espèce de bâtiment religieux. Pittoresque réalisation de la riche et noble famille Lascaris au XVIIIème siècle, elle a été assez mal traitée au cours des décennies qui suivirent.

Il fallut attendre le XXème siècle pour qu’un riche marchand y installe le cloître ocre que montre la photo, et qui fut apporté pierre après pierre de la région de Toulouse – certains éléments provenant même du Comminges. Et le fils de ce marchand y installa en 1961 la première exposition des Nouveaux Réalistes, cette belle cohorte d’artistes qu’on a regroupés ensuite sous le nom d’école de Nice.

Du haut de ce décor baroque le panorama sur Nice est admirable ; on est en pleine ville, et pourtant en plein rêve. Si on les y invite, Alice et son lapin viendront ce soir prendre le thé.