Les créneaux de Sirmione.

Sirmione, 12 septembre 2003.

L’entrée de Sirmione, petite ville installée sur une presqu’île étroite d’où elle contrôle le lac de Garde, est elle-même surveillée attentivement par de hautes murailles et des tours hostiles couronnées de créneaux gibelins. Nous ne traiterons pas ici du conflit entre gibelins et guelfes – ces derniers en outre divisés en noirs et blancs, ces derniers d’ailleurs proches… des gibelins – dont le conflit se déroula souvent à front renversé, même si… bref.

Il reste que Sirmione commande le lac de Garde, le Benaco, pour le compte des puissants Scaliger de Vérone ; et que de loin elle surveille Trente, à l’autre extrémité, qui parle déjà allemand et prépare l’arrivée d’un empereur du Nord. A l’ouest Gênes et Florence se disputent la suprématie, à l’est Venise fomente des troubles partout. La vie n’est pas facile.

Ces choses aujourd’hui sont bien oubliées. Le château est devenu un édifice culturel avec bibliothèque et services municipaux ; il est flanqué d’un port minuscule et d’une plage des blondes dont nous ne dirons rien ; dans les rues de Sirmione, qui mènent toutes au site romain attribué à Catulle, alternent les restaurants et les marchands de gelati. On s’étonne que cette cité forte soit ainsi accablée de touristes, et on revient vers le château ocre et fier pour rêver un peu aux noblesses du passé.

Château et vaches en pré.

Bazouges, 8 mai 2005.

Le château de Bazouges a presque les pieds dans l’eau ; il est habillé comme un paysan – c’est une tenue qui ne déplaît pas aux plus titrés des aristocrates. Il s’est enfoncé dans sa campagne en bougonnant, il a fui les artifices de la ville et a refusé de prestigieuses orangeraies pour s’entourer de communs cagneux, mais robustes et travailleurs.

Ses hautes toitures précieusement entretenues pourraient servir de greniers ; quelques fenêtres effilées montrent qu’il sait ce qu’est l’élégance même s’il n’en fait pas étalage, contrairement à ces oisifs de cour pour qui il n’a que du mépris. Dans le passé il a applaudi les physiocrates, et certainement il aurait accueilli Jovellanos avec plaisir.

Il tient pourtant à ce que son goût de la terre et de son peuple ne soit pas confondu avec la bassesse du démagogue ; ses mâchicoulis disent son ancienneté et sa noblesse, il prendrait les armes s’il l’estimait nécessaire.

En attendant il surveille du coin de l’œil quelques vaches qu’on ne lui a pas confiées mais dont il apprécie la présence. Le château de Bazouges est un vrai noble, mais c’est aussi un cultivateur consciencieux.

Bodiam.

Bodiam, août 1996.

Ce château du Sussex a été construit au XIVème siècle à proximité de la Rother pour résister aux invasions françaises ; il est vrai qu’en ce temps-là les français se conduisaient comme des brigands et que les Cinque Ports durent se constituer en fédération pour se protéger de leurs coups de main. Le château comporte créneaux, mâchicoulis, pont-levis et toutes ces choses qui motivent fortement la jeunesse lors des sorties scolaires de printemps. Il est très beau, même si les textes descriptifs passent modestement sous silence les travaux de réhabilitation qui s’y sont succédé.

En fait ce bâtiment, aux murs trop minces pour résister réellement à un siège un peu sérieux, se donna un air terrible mais servit de résidence assez confortable ; le paysage environnant, avec vallons et moutons, lui offre un cadre romantique des plus heureux. Sa silhouette superbe lui assure un très grand succès chez les éditeurs de puzzles.