La Côte d’Azur ruisselle de couleurs ;
ici il n’y a pas de saison grise.
En décembre les fleurs disparaissent
pendant quelques semaines ; puis, dès que la froidure s’allège, c’est le
retour du mimosa, la fleur fragile et odorante emblématique de la région.
Quelques autres fleurs jaunes donnent avec lui aux mois de janvier et février
leur couleur de miel.
Puis en mars arrivent les fleurs
bleues et violettes : l’iris dans les endroits frais, les agapanthes, puis
la glycine, le plombago, la bougainvillée contre les vieux murs ensoleillés.
Enfin s’ouvrent à la moitié du printemps les buissons multicolores des lauriers-rose, sauvages ou disciplinés dans les haies, arc-en-ciel profus dont le feuillage peut être mortel. La beauté parfois est un piège.
Herbivore
tropical, l’iguane est le plus gros des lézards après les varans ; il peut
atteindre un mètre cinquante et quatre kilos. D’un naturel calme – sauf quand un
concurrent envisage de s’établir sur son territoire – il s’est introduit dans
le groupe de ce que l’on appelle les NAC, les Nouveaux Animaux de Compagnie. Songez que l’animal consacre, au
long d’une vie d’une douzaine d’années, environ 3% de son temps à se
reproduire, 1% à manger et, sans recourir à aucun syndicat, 96% à ne rien faire…
Ceux
du terrarium de Nice ne sont visibles que par hasard car ils sont de la couleur
de la végétation, et quand ils bénéficient de la chaleur qui leur convient
(entre 29 et 39°), ils observent une immobilité parfaite. Néanmoins si vous ne
le voyez pas, lui vous voit très bien.
Grossissez l’image et admirez sa peau et ses reliefs délicats : c’est de l’art. D’ailleurs on sait que l’art est d’abord dans la Nature.
Le
Centre Méditerranéen d’Etudes Françaises – une sorte d’Alliance Française dont
l’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse est un partenaire privilégié – a été
fondé en 1957 à Cap-d’Ail par Jean Moreau. Activiste de la culture, de la
pédagogie, de la jeunesse et de la diffusion de la langue française, ce géant
entreprenant et infatigable invita un jour Cocteau (qui demeurait alors au
Cap-Ferrat) à assister à la représentation par une équipe de jeunes d’une pièce
de Lorca. La représentation eut lieu dans une petite salle rabougrie.
Cocteau
se prit d’amour pour le Centre, installé largement en bord de mer, et pour ses
activités ; il proposa à Jean Moreau d’y édifier un théâtre absolument
méditerranéen, entre mer et pins parasol. Construit à moindre frais et dans des
conditions qu’on dirait aujourd’hui citoyennes
et participatives, le théâtre ne
fut que le premier pas d’une collaboration constante et assidue de Cocteau avec
le Centre.
Jean
Cocteau était ce qu’on appelle un « touche-à-tout » disponible pour
tous les arts, toutes les fêtes, tous les travaux de l’intelligence. Littérature,
théâtre, cinéma, décoration, musique, il a effectivement touché à tout. Il a
beaucoup donné à la Côte d’Azur, qui lui a édifié à Menton un musée hélas !
submersible.
Cocteau reste un des représentants d’une époque, l’entre-deux-guerres, disparue. Son art joli date un peu. Il faut cependant l’aimer car c’était un ami de Proust.
Le charmant petit musée de Saint Tropez donne sur
le port ; il est à un jet de pierre des cafés à la mode et des terrasses
submergées d’estivants. On y trouve ce qui a fait le tournant du siècle dans la
peinture française : d’abord Signac et donc le pointillisme, quelques
nabis et leurs à-plats vigoureux, Cross qui s’appelait Delacroix et quelques
autres. L’Annonciade est un petit musée frais et riant, qui donne à voir sans apparat
ni prétention.
Devant la fenêtre une nymphe – une naïade plutôt – de
Maillol se montre sans gêne ni ostentation dans sa superbe nudité. Il n’y a que
de l’innocence dans cette belle, de l’élégance dans son attitude, de la santé dans
ses formes pleines. Dans quelques années le vieux sculpteur de soixante-treize
ans trouvera définitivement son inspiration chez une adolescente de quinze ans,
Dina Vierny.
Cette sculpture, c’est l’alliance de la simplicité et du réalisme. Loin de l’humour grinçant de Botero, on comprend pourquoi cette figure a inspiré Henry Moore.
Cette
image des remparts d’Antibes, prise avec une longue focale depuis la plage de
la Salis, est assez emblématique de la Côte d’Azur et particulièrement des
Alpes Maritimes.
La
grande tour qui surplombe à gauche un enchevêtrement de toits de tuiles est
celle du musée Picasso, un des trois musées nationaux du département –
précisons que pour la France entière il n’y a que 13 musées nationaux en
province : voilà qui met bien à sa place ce département qui chérit les
Arts. Dans le fond de l’image les sommets enneigés du Mercantour et de l’Italie
se découpent sur le ciel bleu; la mer étale, d’un bleu plus soutenu, baigne les
roches qui forment le soubassement de la fortification. On comprend le goût des
riches européens qui depuis un siècle viennent en hiver profiter de ce
spectacle sous le soleil.
On
voit aussi, éclatantes de blancheur, les superstructures des yachts luxueux
ancrés à ce qu’on appelle le port des
milliardaires ; et il est vrai que chacune de ces unités vaut le prix
d’un petit immeuble à Paris. La Côte d’Azur est faite de ces contrastes,
puisque les plus extrêmes richesses se sont installées près des maisons de
pêcheurs. Les deux populations ne se portent pas ombrage ; car elles ne se
rencontrent qu’à de rares occasions, lorsque les russes opulents ou les anglais
flegmatiques se livrent à des expéditions ethnologiques sur les marchés
provençaux.
Allez
donc expliquer ce qu’est ce rendez-vous d’amitié à ceux qui sont nés au nord de
Montélimar ! Le dictionnaire apporte à cette question une réponse somme
toute exacte, mais qui ne tient en rien compte de la vie des gens et de leur
immémoriale tradition ; il dit :
« Une simple tranche de pain grillée, frottée à l’ail et
enduite d’un filet de la première pression d’huile d’olive… »
Au
moins avec ces mots les gens d’ailleurs peuvent comprendre un peu les gens
d’ici. Un peu seulement, parce que la brissaudo, c’est d’abord la fête de
l’huile nouvelle, celle qu’en décembre donnent les olives nouvelles ;
parce que l’ail délie l’imagination et élargit le cœur ; parce qu’avec
l’huile on déguste du jambon nouveau et on boit un vin rêche de l’année qui
s’est fait au soleil ; parce qu’enfin la fête de l’huile nouvelle c’est
d’abord la fête de l’olivier, l’arbre tutélaire symbole de longévité, de
sagesse et de frugalité.
Quant-à
l’huile nouvelle, elle donne aux connaisseurs l’occasion de commenter sa
couleur, qui va de l’or le plus éclatant au vert le plus sombre ; son
odeur, sa robe, son goût… L’huile nouvelle donne son onction à tous les mots et
tous les mets de la vie.
Ce soir il y a brissaudo chez Jacky. Chacun repartira avec une bouteille de son huile nouvelle dans la nuit froide percée de myriades d’étoiles. Mais nous aurons chaud d’un banquet simple et antique que connaissaient déjà Homère, et Ulysse, et sans doute Haroun ar Rachid.
Les
fleurs de la Côte colorent les saisons. L’année commence dans le jaune du
mimosa qui ensoleille fugitivement, avec l’enivrant parfum qu’on lui connaît,
la fin de l’hiver. Dans sa douceur duveteuse il annonce, après une parenthèse
de fraîcheur, le retour des beaux jours.
Puis le bleu succède au
jaune. C’est d’abord le bleu profond, presque violet, des iris qui se pressent
au bord des ruisseaux ou sur les accotements des routes ; à chaque pied une couronne de feuilles
raidies protège la fleur indolente.
Sur les clôtures et les
vieilles murailles éclosent ensuite les grappes de glycines presque blanches
qui se faufilent dès qu’elles le peuvent sur les arbres et les haies ;
pendant quelques jours leur richesse et leur force annoncent avec certitude le
printemps. Celle que montre la photo se trouve à mi-chemin sur la pénétrante
qui va de la mer à Vence. On guette chaque jour d’avril son arrivée, elle
tarde, on s’inquiète – et puis un jour elle est là, sans prévenir, elle offre
sa profusion, on sait que la chaleur est de retour.
Enfin viennent les
fleurs bleues qui vont durer tout l’été : les bougainvillées, dans des
nuances qui vont là aussi jusqu’au violet, déploient au soleil leurs épaisses
draperies et tapissent les routes de bord de mer. Elles resteront jusqu’aux
derniers beaux jours, faisant croire aux étrangers que leurs feuilles sont des
fleurs.
Pendant
tout l’été aussi on admire des fleurs bleues moins connues des gens du
nord : le plombago délicat qui colle aux doigts, l’agapanthe dont la
lourde tête fleurit les massifs des villes.
Enfin
la vraie fleur du midi va exploser en buissons multicolores : le
laurier-rose déploie toutes ses couleurs dans tous les chemins, il dure toute
la saison, il apporte la joie dans les foyers comme l’olivier donne l’or des
cuisines et la vigne le soleil des verres.
Cette
abbaye greffée à mi-côte de Fabron… n’a jamais été une abbaye ; ni aucune
espèce de bâtiment religieux. Pittoresque réalisation de la riche et noble
famille Lascaris au XVIIIème siècle, elle a été assez mal traitée au cours des
décennies qui suivirent.
Il fallut attendre le
XXème siècle pour qu’un riche marchand y installe le cloître ocre que montre la
photo, et qui fut apporté pierre après pierre de la région de Toulouse –
certains éléments provenant même du Comminges. Et le fils de ce marchand y
installa en 1961 la première exposition des Nouveaux Réalistes, cette belle
cohorte d’artistes qu’on a regroupés ensuite sous le nom d’école de Nice.
Du haut de ce décor baroque le panorama sur Nice est admirable ; on est en pleine ville, et pourtant en plein rêve. Si on les y invite, Alice et son lapin viendront ce soir prendre le thé.