Erechthéion.

Athènes, mai 1994

Si la Grèce est une des racines de notre culture, l’Acropole est la mémoire de la Grèce ; et sur l’Acropole un des temples les plus admirés, c’est l’Érechtheion.

On reconnaît son élégance, on apprécie sa mesure face au Parthénon, qu’il accompagne sans que l’un porte ombrage à l’autre. Mais c’est par le portique des korés qu’il a surtout frappé les esprits.

Ce portique est supporté par six jeunes femmes, elles aussi élégantes et sereines – les Caryatides. Le sculpteur – ou l’architecte, ou les deux – a travaillé ces six statues avec une finesse caractéristique de l’art grec. Les commentateurs les plus savants ont exposé ce qu’il convient d’observer dans les drapés, les attitudes – déhanchement, fléchissement symétrique des genoux – ; et l’habileté technique de leurs tresses, qui leur permettent de porter une lourde charge sans que l’artiste ait dû leur épaissir le cou.

Mais pour nous, visiteurs d’un instant qui nous contentons d’admirer sans trop savoir, ce portique est simplement émouvant. A côté de l’immense Parthénon proche des Dieux, nous sommes devant ces six jeunes femmes comme devant des amies terrestres, attentives et dévouées, qui nous donnent en silence une leçon domestique. Elles nous disent que le travail est un accomplissement et qu’il peut rendre beau ; elles annoncent Marthe.

A l’entrée de Plaka.

Athènes, mai 1994


Plaka est le plus ancien quartier d’Athènes, au pied de l’Acropole ; c’est un labyrinthe largement piétonnier de ruelles et de jardins que se disputent marchands de souvenirs, restaurants typiques, orfèvres de petit aloi. On s’y perd avec plaisir, car au détour de toutes les sentes on lève la tête et la silhouette tutélaire du Parthénon nous remet dans le droit chemin.

Sur cette photo la rue est encore large, il y a un trottoir et une voiture ; on n’est donc encore qu’à la lisière du vieux quartier.

A chaque pas on rencontre des marchands grecs qui attendent la pratique en jouant au jacquet ; des spectateurs attentifs analysent la chance et la tactique de chaque joueur. Les pions claquent sur le tableau, les dés roulent, on s’exclame et on invoque les divinités de l’Olympe, tout près d’ici.

Niagara.

Niagara Falls, juillet 1978

Les chutes sont partagées entre le Canada et les États-Unis ; la partie canadienne, en forme de fer à cheval et large de plus de sept cents mètres, est photographiée ici à une hauteur de deux cents mètres depuis la tour Skylon, qui permet de découvrir toute la campagne environnante. La vapeur d’eau qui s’élève lorsque les eaux du lac Erié se déversent dans celles du lac Ontario signale les chutes bien avant leur grondement.

Autour du site se sont naturellement établis depuis quelques années toute une foire commerciale et des « spectacles » touristiques affligeants ; des projections colorées salissent cette merveille naturelle à la nuit tombante, et l’on ne peut s’empêcher de rêver à la jeune princesse qui fonda chez les indiens le mythe des chutes, méconnaissable sous ce maquillage grossier.

On entre au cœur du fer à cheval dans des bateaux qui portent justement le nom de cette princesse, Maid of the Mist ; on nous revêt de longs cirés, mais la buée envahit tout. On est saisi d’étouffement et d’angoisse quand le bateau s’approche du tonnerre, que la vue se perd et que l’air se dérobe.

Urquhart castle.

Drumnadrochit, juillet 1981

Les ruines de ce château, au nord de l’Écosse près de Drumnadrochit, sont presque l’attraction majeure du lieu.

Presque, car à Drumnadrochit on vit surtout d’une apparition mondialement célèbre.

Drumnadrochit est au bord du loch Ness.

Gettysburg.

Gettysburg, juillet 1978

Gettysburg a été un des lieux d’engagement féroce entre les forces de l’Union et celles des Confédérés lors de la guerre de Sécession : 10 000 morts, 25 000 blessés pendant cette bataille de trois jours en juillet 1863 qui se termina dans les rues de Gettysburg et ne fit qu’un seul mort civil : Ginnie Wade, une fille de vingt ans tuée dans sa cuisine pendant qu’elle faisait du pain…

La défaite de Lee fut le tournant de la guerre civile ; les confédérés ne purent ensuite que mener des batailles défensives de plus en plus difficiles. La confrontation entre – pour faire simple – les colons agricoles et les entrepreneurs industriels se conclut donc par la victoire de ces derniers, après quatre ans de guerre et plus de 600 000 morts.

Près du Cimetière National un entrepreneur avisé construisit en 1974 une tour de cent mètres de haut qui permettait de comprendre les phases de la bataille grâce à des documents et une vision complète du terrain ; c’est de cette construction qu’est prise la photo ci-dessus. Considérée comme une offense au cadre historique de cette bataille, elle fut détruite en juillet 2000.

Tintagel

Tintagel, 13 octobre 2006


A Tintagel, sur la côte nord de la Cornouailles le roi Arthur est partout, ainsi que ses compagnons. La guesthouse la plus proche – Ye Olde Malthouse Inn, qui se prétend installée là depuis le XIVème siècle – a baptisé chacune de ses chambres du nom d’un de ces glorieux chevaliers.

Tintagel est un petit village rassemblé autour de sa vieille poste au toit de lauzes dont la charpente fléchit, et de la péninsule où un habitat ruiné est tout ce qui reste de la cour d’Arthur. Tintagel doit beaucoup à Geoffrey de Monmouth, qui peu après l’an Mil raconta les faits et merveilles de la Table Ronde au VIème siècle ; et tout d’abord qu’à Tintagel Merlin réussit à faire passer Uther Pendragon pour le roi Gorlois parti en guerre sainte, trompant la reine Igraine et faisant ainsi de lui le père d’Arthur. Deux cents ans plus tard Chrétien de Troyes se mêla de l’affaire en ajoutant Lancelot et le saint Graal ; on fignola avec Excalibur, et le dernier repos d’Arthur à Avalon, que l’on cherche toujours. Ainsi fut créé le mythe du roi nécessaire capable de conduire le peuple romano-celtique contre le barbare saxon.

La mer bat inlassablement le pied de la péninsule où se dressent d’indiscutables ruines ; des phoques s’abandonnent paresseusement au flot. Le chemin qui mène au château est malaisé, il tourne et grimpe abruptement ; il débouche sur un plateau assez ample où figuraient de nombreux bâtiments. Plus on monte, plus le ciel est vaste ; on a le cœur dilaté, et envie de croire à cette fraternité du courage et de la générosité.

Paris d’en haut.

Paris, 26 janvier 2006

La ville tendre, la ville douce, est caressée par les derniers rayons dorés du soleil. Ses immeubles précieux sont à l’échelle humaine ; ne dépassent que quelques dômes – dont celui, doré à la feuille d’or, des Invalides -, la tour de l’hôtel Concorde à la porte Maillot et entre les deux la masse carrée de l’Arc de Triomphe, dans la brume du couchant la cité moderne de la Défense, et naturellement la silhouette élancée de la Tour Eiffel.

Une ligne sombre sur la droite nous indique le lit de la Seine le long duquel on distingue le Grand et le Petit Palais. On ne voit donc que le nord-ouest de Paris, mais en se déplaçant on peut avoir un panorama complet sur la ville.

Il n’y a que la Tour Montparnasse, erreur architecturale inexcusable, qu’on ne voit pas de cet observatoire.

Où se trouve-t-on donc pour avoir une vue si belle et si complète sur Paris ? Mais en haut de la Tour Montparnasse, pardi !

Le théâtre de Minack.

Porthcurno, 12 octobre 2006

Quelle étrange création que ce théâtre de Minack ! C’est le fruit du travail absurde et obstiné de miss Cade et de son jardinier qui ont œuvré là plus de cinquante ans.

Avec un acharnement celtique ils ont taillé dans le granit de Cornouailles, en surplomb de la mer, pour y dégager en demi-cercles des rangées de sièges, plus spectaculaires que confortables. Dans les dossiers des premiers rangs ont été gravés les titres des pièces jouées ici – des œuvres de Shakespeare essentiellement car dans ce cadre ses tragédies, où la mer n’est jamais loin, prennent de l’ampleur. Les acteurs jouent dos à la mer, dans le couchant s’estompe la baie de Porthcurno, on a les lèvres salées par la brise. A l’horizon on voit le château de l’Elseneur, on distingue les grands bateaux que Shylock attend sur le Rialto et la flotte aux ordres d’Othello, on entend les fracas de la Tempête :

Nothing of him that doth fade

But suffered a sea change

Into something rich and strange…

On ne joue ici que de juin à septembre, on soupçonne pourquoi ; le reste du temps le site est ouvert aux visiteurs. Il y a beaucoup de fleurs, un salon de thé, un petit musée et une boutique de souvenirs.

Aux îles Scilly.

Sainte Mary, juillet 2000

Le temps est superbe, pas une risée sur la mer. L’herbe est tendre et rase comme un velours. Il y a de gros rochers – on dirait des jouets qu’un enfant géant aurait oubliés là. Les fleurs, le temps, le soleil font de cette extrémité de Cornouailles jetée en pleine mer un morceau de Côte d’Azur. Ce disant nous restons modéré, car sur Trip Advisor un voyageur enthousiaste parle de Caribbean England !

Une route où la circulation n’est pas à craindre fait le tour de l’île principale ; il y faut deux petites heures à pied. Quand on a bouclé sa promenade on s’arrête au Blues Corner et on boit une bière fraîche en dégustant le plat national des îles : un énorme sandwich au crabe (£ 7.5, aux dernières nouvelles). On s’établirait là rien que pour ça.

Le Keukenhof.

Lise, mai 1985

Ancien potager d’une duchesse de Bavière, ce vaste parc de 35 hectares, proche d’Amsterdam, tire donc son nom – espace pour la cuisine – de ses origines domestiques, on n’ose pas dire roturières. D’ailleurs, la roture aux Pays-Bas, ça n’est pas forcément le contraire de la noblesse ; ce qui compte avant tout, c’est le travail.

Chaque année les producteurs de bulbes plantent à la main dans ce parc des millions de tulipes et de jacinthes pour exposer, pendant les deux mois de la floraison, leur savoir-faire. Le spectacle est superbe ; des centaines de milliers de visiteurs chaque année viennent parcourir les allées, monter au moulin de Groningue, suivre le ruisseau qui murmure. Des hollandais, bien entendu, venus s’incliner sur le symbole de leur nation ; mais d’innombrables japonais aussi, et des touristes de la planète entière venus dans des bus qui approchent au pas depuis la petite ville de Lisse.

Quand on sort, les yeux encore pleins de couleurs, on achète des bulbes pour l’an prochain. Aux Pays-Bas le commerce ne perd jamais ses droits. On le remarque aussi au coût du billet d’entrée.