Bantry.

Bantry, août 1993

Située dans une baie profonde entre les péninsules de Beara et de Mizen Head au sud de l’Irlande, Bantry House, précédée de ses jardins à la française, s’est installée entre mer et montagne. La photo est prise du haut du jardin arrière au sommet duquel on accède après avoir gravi cent marches.

C’est un beau manoir ; avec ses fenêtres lumineuses il n’a rien des châteaux obscurs et rudes, souvent ruinés, qui parsèment l’Eire ; quoique construite en briques, sa façade harmonieuse ne déparerait pas un village de la Loire.

Construite en 1700 par un riche Irlandais, la demeure passe aux mains d’un britannique dès 1750 ; elle est restée dans la famille White depuis cette date.

Les changements économiques du XIXème siècle ont abaissé les ressources de la famille, qui dut se séparer de peintures et de mobilier en 1956, puis, comme beaucoup d’autres sites aristocratiques, aménager dans l’aile Est des chambres de B&B.

Mais Bantry présente pour nous un intérêt historique particulier. En 1796 la France décide d’aider les Irlandais à conquérir leur indépendance, et lance une flotte considérable – 50 bâtiments, 15 000 soldats – qui devait toucher terre à Bantry et s’engager contre les troupes anglaises ; hélas ! une tempête formidable dispersa les navires, dont 10 furent perdus et les autres durent rentrer à leur port de Brest.

Voici donc qu’après le désastre de l’Invincible Armada une deuxième fois les rugissements de la mer protégèrent la nation britannique. Décidément, la seule invasion qui réussit fut celle de Guillaume…

Le manoir d’Auffay.

Auffay, octobre 1996


Le manoir est niché dans la verdure, près de la Durdent. Une motte proche révèle son ancienneté ; il a parc, colombier et quelques fleurs.

On le dit Renaissance ; pour la date, c’est exact. Mais il ne présente pas l’harmonie des grands bâtiments blancs que ce terme évoque, par l’habitude qu’on a d’y imaginer les douceurs du Val de Loire et les grandes pelouses où de belles dames arboraient leurs robes chatoyantes.

C’est que nous sommes en Normandie, dans une Normandie attentive à économiser. Par exemple, on ne perce pas ces ouvertures prétentieuses tout juste bonnes à gaspiller le chauffage en hiver et à faire entrer la canicule en été ; on ne creuse pas de ces fossés coûteux qu’il faut ensuite entretenir, souvent fleurir, parfois même noyer d’eau qui attaque les joints et les fondations… Pour être juste il faut préciser cependant que l’image montre l’arrière du bâtiment, et que sa façade est beaucoup plus riante.

Le charme exceptionnel du manoir tient pour l’essentiel aux matériaux et à l’usage qui en est fait. L’architecte a étagé, en couches successives, le tuffeau, la brique et, touche délicate et assez fréquente en Normandie, le silex blond et noir ; il a tracé, en jouant sur la couleur, tout un appareil de motifs et de fresques. Il a ainsi donné au manoir une gaieté un peu étrange qui surprend quand on le découvre dans une clairière de ses bois noirs.