Les falaises de Moher.

Moher, août 1993.

Face à l’Amérique où se sont réfugiés tant d’enfants d’Irlande, les falaises de Moher guettent. Elles attendent le retour des Vikings d’Éric, elles surveillent une côte par laquelle jamais l’Anglais n’est venu, elles espèrent que le couchant n’est qu’un abandon temporaire aux ténèbres.

Elles atteignent deux cents mètres de hauteur et résisteront longtemps aux coups de l’océan – mais elles savent aussi qu’à la longue rien ne lui résiste. Pourtant elles opposent aux vagues le front buté des celtes résolus, plus résistants encore quand la difficulté devient un désespoir.

La falaise à Saint Valery en Caux.

Saint Valery, février 1993.

(Il faut encore répéter aux parisiens, touristes inévitables de ce petit port proche de leur grande ville, que Valery ne porte pas d’accent et n’a rien à voir avec le prénom…)

Le ciel bas est chargé de nuages transparents qui ne laissent aux normands qu’un étroit espace pour élever leurs pensées. La mer s’est retirée, laissant un large estran odorant et vivace où courent les petits crabes et où les gamins jouent entre les algues.

La muraille calcaire, striée de galets, dépasse par endroit une hauteur de cent mètres. Sa blondeur est tachée d’ocre là où la terre est tombée, quand le pied de la falaise a reculé sous les coups de la mer. Cette falaise se déploie à perte de vue, on dirait un ouvrage militaire dressé contre l’envahisseur britannique – sauf que là-bas, en face, Albion a elle aussi établi sa blanche fortification. Avatar du désert des Tartares, chacun attend l’agresseur, depuis quatre-vingt millions d’années.