Whiskey.

Bardstown, juillet 1978.

Bardstown (Kentucky), qui ne compte pas 12 000 habitants, a reçu le titre de capitale mondiale du Bourbon, ce qui explique qu’on y trouve un Musée du whiskey, en plus des neuf distilleries produisant à plein régime leur liqueur confectionnée à partir d’orge… ou de pommes de terre.

L’alambic présenté sur la photo n’est que l’un des innombrables dispositifs clandestins qu’on montait et démontait rapidement pour échapper aux taxes, et qui fonctionnaient souvent la nuit, souvent en plein air. Les Irlandais étaient de grands spécialistes de cette activité, d’ailleurs interdite dans leur pays… depuis 1661 ! La liqueur produite, appelée poteen, atteignait un taux d’alcool meurtrier (de 60 à… 90% d’alcool).

La chaussée des géants

Bushmills, août 1993

Une légende voudrait que le site ait été créé il y a cinquante millions d’années par la cristallisation de basaltes, lorsque la région connaissait une intense activité volcanique.

En réalité on voit bien que cette construction régulière est une création humaine, et que la Chaussée a été conçue dans un but utilitaire. Heureusement, la tradition orale nous a apporté la vraie histoire de la Chaussée – un épisode supplémentaire de la confrontation souvent difficile entre les Irlandais et les Écossais.

Le géant irlandais Finn MacCool construisit cette chaussée pour attaquer le géant écossais Benandonner, qui lui était insupportable pour des raisons sur lesquelles il ne s’est jamais expliqué. Finn – appelons-le Finn, c’est presque un ami – fut néanmoins surpris, en arrivant en Écosse, par la stature de Benandonner, à laquelle il ne s’attendait pas ; il se replia donc vivement vers ses terres irlandaises, poursuivi par le géant écossais animé de détestables intentions.

L’épouse de Finn était… fine. Inquiète des risques courus par son homme, elle habilla celui-ci en bébé et le coucha dans un berceau. Benandonner vit cet enfant démesuré, et s’effraya de ce que pouvait être le père d’un tel bébé ; il repartit donc précipitamment pour son Écosse natale, détruisant la Chaussée derrière lui pour empêcher toute poursuite ; c’est pourquoi on trouve aussi les restes d’une petite chaussée du même genre en Écosse sur l’île de Staffa.

On ne cherchera pas la morale de cette histoire attestée par le merveilleux ouvrage du comté d’Antrim ; on ne peut néanmoins s’empêcher de penser que, géante ou pas, la race humaine ne pense qu’à s’empoigner, et que nos femmes nous sont souvent nécessaires pour nous sortir des mauvais pas dans lesquels nous nous mettons bêtement.