Iguazu.

Iguazu, juillet 2000.

Les chutes sont à la frontière de trois nations, – Argentine, Brésil, Paraguay. On dit qu’elles sont 365, une par jour de l’année. Leur débit n’est pas très important, elles donnent parfois l’impression de draperies d’eau, de dentelles légères disposées sur une grande largeur. Elles sont insérées dans l’écrin d’un vaste parc où l’on rencontre de pacifiques tatous et des perroquets multicolores ; les orchidées abondent dans cette atmosphère humide et chaude qui leur convient si bien.

L’endroit est cosmopolite, calme et mystérieux. On y parle beaucoup de langues, et d’abord les trois langues du pays : espagnol, portugais, guarani ; l’immense forêt sud-américaine y règne encore, avec sa vie omniprésente, ses bruits légers dans le craquement des arbres ; on pourrait voir déboucher d’une clairière l’expédition exténuée d’un Aguirre agonisant. Le site est empreint d’une force tellurique lente et irrésistible.

Niagara.

Niagara Falls, juillet 1978

Les chutes sont partagées entre le Canada et les États-Unis ; la partie canadienne, en forme de fer à cheval et large de plus de sept cents mètres, est photographiée ici à une hauteur de deux cents mètres depuis la tour Skylon, qui permet de découvrir toute la campagne environnante. La vapeur d’eau qui s’élève lorsque les eaux du lac Erié se déversent dans celles du lac Ontario signale les chutes bien avant leur grondement.

Autour du site se sont naturellement établis depuis quelques années toute une foire commerciale et des « spectacles » touristiques affligeants ; des projections colorées salissent cette merveille naturelle à la nuit tombante, et l’on ne peut s’empêcher de rêver à la jeune princesse qui fonda chez les indiens le mythe des chutes, méconnaissable sous ce maquillage grossier.

On entre au cœur du fer à cheval dans des bateaux qui portent justement le nom de cette princesse, Maid of the Mist ; on nous revêt de longs cirés, mais la buée envahit tout. On est saisi d’étouffement et d’angoisse quand le bateau s’approche du tonnerre, que la vue se perd et que l’air se dérobe.