L’abbaye de Roseland.

Nice, 21 septembre 2003.

Cette abbaye greffée à mi-côte de Fabron… n’a jamais été une abbaye ; ni aucune espèce de bâtiment religieux. Pittoresque réalisation de la riche et noble famille Lascaris au XVIIIème siècle, elle a été assez mal traitée au cours des décennies qui suivirent.

Il fallut attendre le XXème siècle pour qu’un riche marchand y installe le cloître ocre que montre la photo, et qui fut apporté pierre après pierre de la région de Toulouse – certains éléments provenant même du Comminges. Et le fils de ce marchand y installa en 1961 la première exposition des Nouveaux Réalistes, cette belle cohorte d’artistes qu’on a regroupés ensuite sous le nom d’école de Nice.

Du haut de ce décor baroque le panorama sur Nice est admirable ; on est en pleine ville, et pourtant en plein rêve. Si on les y invite, Alice et son lapin viendront ce soir prendre le thé.

Claude Gilli.

Nice, 1er mars 2003.

Il figure donc dans le dernier carré des niçois. Le plus illustre, Yves Klein, est disparu en 1962, si jeune ! Niki en 2002, Restany en 2003, Chubac en 2004, Jeanne-Claude en 2009 ; avec Gilli il nous reste Ben Vautier, Bernar Venet, Jean-Claude Farhi, Alocco – Martial Raysse s’est établi en Dordogne, et, horreur !, Christo est devenu citoyen américain.

Comme Ben, Gilli est un niçois pur sucre, depuis cinq siècles environ. Il est photographié ici lors du vernissage d’une de ses expositions, dans le cadre de l’Université de Nice – ce qui explique la présence de la présidente, derrière lui en veste chamarrée ; un journaliste, micro à la main et caméra à l’épaule, vient de lui poser une question. Sur la gauche, à l’arrière-plan, un participant chic et attentif, l’œil rivé sur la caméra, évalue la pertinence du matériel ; il a l’air critique et une petite mouche au menton.

L’œuvre exposée au mur est bien dans la manière de Gilli : grands à-plats de couleur franche, silhouettes de femmes charmeuses et d’objets ordinaires, avec une prédilection pour les pinceaux, les pots de peinture, les arbres. Il découpe des panneaux de bois ou de métal en formes simples et pures et met de la joie là où il passe, une jubilation délectable, sans faux-semblant. On ne sait pas s’il est compliqué, s’il est inquiet, s’il souffre, s’il est heureux ; mais avec Gilli la vie est belle.