Le béguinage.

Bruges, juin 1982.

Il est calme et lilial, à l’abri du monde et de ses tapages ; au loin on distingue le haut clocher de l’église dont les béguines sont les servantes.

Elles étaient ainsi quelques dizaines à adopter une forme de vie presque monacale, mais cependant installées dans le siècle ; elles vivaient dans ce charmant village, au cœur du village de Bruges. Bien sûr les fenêtres n’ont pas de volets ; devant chaque maison, où vivaient plusieurs béguines, une lourde porte encastrée dans un mur sommé de tuiles donne accès à un jardin dont on ne sait rien.

Au centre du béguinage il y a un colombier, et les jolis oiseaux blancs y roucoulent tout le jour. De temps à autre ils perdent une plume neigeuse qui flotte lentement dans l’air odorant jusqu’au sol du jardin entretenu avec soin.

Saint Bavon.

Gand, 5 juin 1982.

Gand s’est développée autour de ses structures de commerce – resserres et magasins, maisons de Guildes, boutiques et demeures de marchands – et de deux bâtiments emblématiques : le château cynique et violent des comtes de Flandre, et la cathédrale saint Bavon qui abrite le plus beau tableau du monde.

C’est la nuit qu’il faut voir ces bâtiments, de part et d’autre du quai aux Herbes bordé de riches maisons anciennes, à colombages et à pignons sur rue. A travers les grandes verrières illuminées on distingue les riches décorations de la cathédrale ; c’est qu’on est en terre de la Réforme et qu’il ne faut rien cacher de son intérieur si on a l’âme pure.

Saint Bavon est illuminée de l’intérieur ; car elle abrite et donne à voir le plus bel ensemble pictural du monde occidental : le polyptyque de l’Agneau mystique composé de vingt-quatre tableaux peints par les frères Van Eyck – un immense livre aux couleurs minérales éclatantes que l’on n’ouvrait qu’en grande circonstance, et que les frères peintres ont réalisé en quatorze années de labeur. Au-delà de la beauté saisissante des scènes et des personnages, la représentation du rachat tel que le décrit saint Jean emprunte des voies symboliques, voire ésotériques. A chacun donc de trouver son chemin…