Erechthéion.

Athènes, mai 1994

Si la Grèce est une des racines de notre culture, l’Acropole est la mémoire de la Grèce ; et sur l’Acropole un des temples les plus admirés, c’est l’Érechtheion.

On reconnaît son élégance, on apprécie sa mesure face au Parthénon, qu’il accompagne sans que l’un porte ombrage à l’autre. Mais c’est par le portique des korés qu’il a surtout frappé les esprits.

Ce portique est supporté par six jeunes femmes, elles aussi élégantes et sereines – les Caryatides. Le sculpteur – ou l’architecte, ou les deux – a travaillé ces six statues avec une finesse caractéristique de l’art grec. Les commentateurs les plus savants ont exposé ce qu’il convient d’observer dans les drapés, les attitudes – déhanchement, fléchissement symétrique des genoux – ; et l’habileté technique de leurs tresses, qui leur permettent de porter une lourde charge sans que l’artiste ait dû leur épaissir le cou.

Mais pour nous, visiteurs d’un instant qui nous contentons d’admirer sans trop savoir, ce portique est simplement émouvant. A côté de l’immense Parthénon proche des Dieux, nous sommes devant ces six jeunes femmes comme devant des amies terrestres, attentives et dévouées, qui nous donnent en silence une leçon domestique. Elles nous disent que le travail est un accomplissement et qu’il peut rendre beau ; elles annoncent Marthe.

Le temple des bonnes moissons

Temple Tiantian

Au centre du parc de Tiantan ouvert au plaisir de la promenade et à l’admiration des pékinois, le Temple pour de bonnes moissons témoigne du respect séculaire de cette industrieuse nation pour le travail.

Une triple terrasse de marbre blanc court autour de l’élégant bâtiment ; lui-même, construit en bois vivement coloré, porte un triple toit dont la pente s’adoucit comme cela est d’usage en Chine. L’intérieur est vide, couvert de dessins polychromes où le rouge et le jaune, couleurs de l’empereur, dominent naturellement. Ce n’est qu’une salle de prière ouverte sur l’extérieur, sans portes ni fenêtres.

Mais cette salle nous en dit plus sur la nation chinoise que nous ne pensons y lire.

De même que l’impératrice élevait des vers à soie, pour montrer à la Cour que ce travail était noble et respectable, l’empereur chaque année entrait en prières pour que son peuple bénéficie de bonnes moissons. Qui plus est, chaque année il traçait lui-même un sillon au moment des semailles pour exposer combien le travail des champs lui tenait à cœur. Et souvenons-nous qu’il recevait ses ministres le matin vers six heures – malheur à qui manquait ce rendez-vous d’administration…

Pendant ce temps nos seigneurs occidentaux, et nos rois plus encore, élaboraient une étiquette exigeante pour vivre à la Cour dans l’oisiveté en méprisant le travail du peuple. Et nous croyons découvrir aujourd’hui que cette nation vaut mieux que nous dans les arts et dans l’effort…