Malgré
le ciel immaculé et le clair soleil on sent qu’il fait froid en cette belle
journée de février ; il y a peu de promeneurs sur l’estran.
Les
hautes falaises de calcaire aux rayures de silex décomptent les années par millions,
comme les cercles d’un chêne qu’on vient de couper énumèrent les années de sa
croissance ; c’est une immensité de temps qui s’expose là, au-dessus de
l’horizon.
La
Porte d’Aval va bientôt entrer dans l’ombre ; tout-à-l’heure, l’Aiguille
suivra. Cette nuit Arsène Lupin viendra visiter son trésor.
Le
manoir est niché dans la verdure, près de la Durdent. Une motte proche révèle
son ancienneté ; il a parc, colombier et quelques fleurs.
On
le dit Renaissance ; pour la date, c’est exact. Mais il ne présente pas
l’harmonie des grands bâtiments blancs que ce terme évoque, par l’habitude
qu’on a d’y imaginer les douceurs du Val de Loire et les grandes pelouses où de
belles dames arboraient leurs robes chatoyantes.
C’est
que nous sommes en Normandie, dans une Normandie attentive à économiser. Par
exemple, on ne perce pas ces ouvertures prétentieuses tout juste bonnes à
gaspiller le chauffage en hiver et à faire entrer la canicule en été ; on
ne creuse pas de ces fossés coûteux qu’il faut ensuite entretenir, souvent fleurir,
parfois même noyer d’eau qui attaque les joints et les fondations… Pour être
juste il faut préciser cependant que l’image montre l’arrière du bâtiment, et
que sa façade est beaucoup plus riante.
Le charme exceptionnel du manoir tient pour l’essentiel aux matériaux et à l’usage qui en est fait. L’architecte a étagé, en couches successives, le tuffeau, la brique et, touche délicate et assez fréquente en Normandie, le silex blond et noir ; il a tracé, en jouant sur la couleur, tout un appareil de motifs et de fresques. Il a ainsi donné au manoir une gaieté un peu étrange qui surprend quand on le découvre dans une clairière de ses bois noirs.