Benidorm.

Benidorm, août 1981.

En août sur la Costa Blanca le soleil brille sans répit, le sable est brûlant, la mer est tiède. De Denia à Alicante les saxons trouvent, entre palmiers et amandiers, les restaurants et les boîtes de nuit dont ils rêvent tout le reste de l’année.

Sur ces terres pelées dont les espagnols – ou peut-être ici faut-il dire les valenciens – ne pensaient pas pouvoir tirer grand-chose s’est déchaînée une folie bâtisseuse dont cette photo ne donne qu’une première image. Autour de petits ports pittoresques à la population modeste se sont construites d’immenses urbanizaciones où l’on stocke, au plus près de la mer, allemands, danois, néerlandais et où se multiplient les lieux de plaisir les plus vulgaires. Le littoral est accablé de touristes à la peau brûlée ; à deux kilomètres à l’intérieur des terres rien de tout cela n’est perceptible – les chartreuses et les villages blancs n’intéressent personne.

L’Espagne a vendu son littoral à la spéculation immobilière. Elle le paiera longtemps, aussi longtemps peut-être qu’aura duré en Castille le désert créé par les puissants de la Mesta.

La petite fille au ballon rouge.

Erquy, juillet 1964.

La petite fille blonde a deux ou trois ans. Elle est assise sur le sable durci que la mer a abandonné il y a peu ; des rochers, potelés comme elle, émergent juste assez pour l’inviter au jeu.

Elle contemple son beau ballon rouge prisonnier d’un filet presque invisible. Le ballon attend d’être libéré pour sauter de ci, de là, au gré de la brise changeante. Elle courra après lui en riant à grands cris et en laissant sur le sable la trace à peine marquée de ses pieds légers.

Pendant ce temps la mer au loin l’appelle d’une petite voix de beau temps, ourlant son joli tapis bleu d’une dentelle blanche.

La petite fille blonde a de la chance ; la nature tout entière veut jouer avec elle. Qu’elle en profite ! Bientôt elle n’entendra plus la voix des choses, elle croira que le sable, la mer et les ballons sont des êtres inanimés.