Comme
chaque année à la mi-juillet c’est la fête au bord de l’eau dans la maison de
La Courbe. Après le repas une trentaine d’invités forment de petits groupes ici
ou là, le plus souvent à l’ombre et jamais bien loin d’un pichet de rosé frais.
Il y a quelques lunettes de soleil et des panamas légers, parfois chipés par
les filles qui leur trouvent bien de l’élégance.
Huit
commensaux se sont installés juste au bord du Loir et se sont alanguis au
murmure de son cours paresseux ; on suppose des conversations policées, on
voit qu’aucun geste ne souligne ou ne réfute ; au-delà du savoir-vivre on
distingue que la parole sert ce jour-là à exprimer l’empathie et la
bienveillance.
Verte
nature, verte rivière, au fort de l’été l’amitié fait rage.
Au
cœur de cette petite ville de la Sarthe, près du pont de pierre qui franchit le
Loir – ou doit-on dire la Vivonne ? – un grand château rassemble son troupeau de
maisons blanches.
Car
le tuffeau est partout, et même dans les murs de ce château qui se voulait
fort. Mais sa construction s’est achevée à un moment où il n’était plus
possible d’opposer des murailles, si épaisses soient-elles, aux couleuvrines du
roi de France. Le Lude s’est donc transformé en demeure, en mesnil, et on a
creusé d’amples fenêtres à meneaux pour faire entrer la lumière à travers les lourdes
parois des tours. Le dernier remaniement a été celui de la façade Louis XVI,
face à une roseraie protégée des regards par une dense rangée de marronniers.
A
gauche du bâtiment s’étire le grand parc, ouvert au public, où les ludois
aimaient faire une promenade dominicale ; on commençait par la vaste
futaie, jusqu’aux Tourelles, et on revenait le long de la rivière. On flânait
le long de l’eau sur la terrasse fleurie et on remontait par un escalier en
colimaçon où les enfants se poursuivaient en tentant de s’effrayer. C’était un
grand tour, on avait pris l’air, et en automne les garçons revenaient avec les
poches pleines de beaux marrons d’Inde ronds et brillants ; c’était notre côté de chez Swann.
Le
Lude a des murs blancs de pierre souvent sculptée et des toits bleus d’ardoise fine. C’est un joli village de
la Loire. Mais il a perdu ses commerces, il a perdu ses artisans, il a laissé
partir ses entreprises. Le Lude vit dans ses souvenirs, il vivra bientôt dans
ses rêves, puis il ne vivra plus du tout.