Malgré
le ciel immaculé et le clair soleil on sent qu’il fait froid en cette belle
journée de février ; il y a peu de promeneurs sur l’estran.
Les
hautes falaises de calcaire aux rayures de silex décomptent les années par millions,
comme les cercles d’un chêne qu’on vient de couper énumèrent les années de sa
croissance ; c’est une immensité de temps qui s’expose là, au-dessus de
l’horizon.
La
Porte d’Aval va bientôt entrer dans l’ombre ; tout-à-l’heure, l’Aiguille
suivra. Cette nuit Arsène Lupin viendra visiter son trésor.
Le
magnifique bâtiment voulu par le chancelier Rolin a été construit peu avant la
découverte de l’Amérique, au temps des incunables. Initiative au profit des
malades pauvres, l’hôtel-Dieu accueillait quelques dizaines d’indigents dans
une immense salle où ils partageaient à deux un lit qui nous semble
petit ; beaucoup pourtant n’étaient pas accoutumés à un tel luxe.
Beaune
est en Bourgogne, et à l’époque c’était aussi la Flandre ; c’est la raison
des tuiles vernissées dont le dessin est si typique. A l’étage une fine galerie
en dentelle de bois dessert les locaux des soignants et de l’administration. Si
l’hôtel-Dieu tire ses revenus du vin, le puits gothique au fond de la cour nous
rappelle néanmoins que le liquide vital, c’est l’eau.
L’élégance
des colonnes, la gaieté des hautes toitures colorées, la hauteur des lucarnes
donnent une impression un peu irréelle, comme si on était entré dans un conte
de fées. La teinte générale chaude – boiseries, pavage, toiture – renforce le
sentiment de confort et de sécurité que procure déjà l’intimité de la cour,
sorte de cloître laïc.
Il y a bien des merveilles dans l’hôtel-Dieu – chapelle, cuisine, apothicairerie, et d’abord le Jugement dernier de Rogier van der Weyden. Mais la grande merveille, c’est l’hôtel-Dieu lui-même.