Au
sud de Prague la petite cité de Telč,
de plus en plus visitée, reste néanmoins encore un peu à l’écart du
tourisme de masse.
Sa
place centrale rassemble les pignons sur arcades des maisons qui la
bordent ; leurs couleurs pastel, disparates et harmonieuses, créent une
unité baroque étrange – est-on en Flandre ? en Bavière ? en Espagne
peut-être ? La grande place dallée est calme, les enfants jouent au
soleil, les voûtes sous lesquelles se sont installés les commerces protègent
les passants comme à Turin ou à Cuneo.
Il y a un château aussi à Telč, et des jardins. Mais il faut prendre d’abord le temps de visiter les maisons ouvertes, d’admirer les sgraffites en trompe-l’œil, de rester à la terrasse de l’hôtel Cerny Orel pour voir défiler les acteurs sur cette scène de théâtre.
Aujourd’hui
c’est l’anniversaire de Cécile. Manon est très intéressée par les trente bougies
que son oncle a allumées en coulisse et que sa maman va devoir souffler ;
mais Manon est peut-être plus intéressée encore par le gâteau qu’elle distingue
sous les bougies.
La
vie est douce dans l’obscurité de ce La Tour familial aux teintes
intimes ; ce tableau de bonheur calme nous montre comment la lumière qu’on
apporte aux autres illumine une famille.
La
ville tchèque de Karlovy Vary, station thermale célèbre depuis le XIVème siècle,
est surtout connue sous son nom allemand de Carlsbad (comme Mariánské Lázně est surtout connue sous le nom de Marienbad) ; ses
sources d’eau chaude, acidulées par surcroît, étaient recherchées à une époque
où on cherchait à soulager puisqu’on ne savait pas guérir. Le traitement relève
bien d’une attitude judéo-chrétienne où l’on sait que tout s’acquiert dans la
souffrance, car il faut une grande détermination pour boire ces liquides chauds
au goût infect.
Il
est possible que certains curistes aient retiré un soulagement de ces
soins ; en tout cas il fallait une notable aisance financière pour
profiter de leurs bienfaits pendant toute une cure. La saison des bains était d’ailleurs
un moment de retrouvailles entre l’aristocratie européenne, les grandes
fortunes, les artistes en vue, les politiques influents. Les villes d’eaux devenaient
des centres intellectuels à la mode, on y construisait des palaces, des
colonnades, des jardins, des promenades. Cette vie mondaine dans le luxe, la mélancolie
romantique, le mal de vivre, tout se rassemble dans la notion de mitteleuropa.
L’image nous montre une des rues admirables de Karlovy Vary, avec ses façades pastel, ses massifs fleuris, sa forêt toujours proche. Il est tôt dans l’après-midi, on est un lundi, la ville somnole ; les curistes font la sieste. Seule une passante regarde autour d’elle avec curiosité ; perdue dans cette ville où ne la guette que son destin elle pourrait être un personnage de Stefan Zweig.
Si la Grèce est une des racines de notre culture, l’Acropole est la mémoire de la Grèce ; et sur l’Acropole un des temples les plus admirés, c’est l’Érechtheion.
On
reconnaît son élégance, on apprécie sa mesure face au Parthénon, qu’il
accompagne sans que l’un porte ombrage à l’autre. Mais c’est par le portique
des korés qu’il a surtout frappé les
esprits.
Ce
portique est supporté par six jeunes femmes, elles aussi élégantes et sereines
– les Caryatides. Le sculpteur – ou l’architecte,
ou les deux – a travaillé ces six statues avec une finesse caractéristique de
l’art grec. Les commentateurs les plus savants ont exposé ce qu’il convient d’observer
dans les drapés, les attitudes – déhanchement, fléchissement symétrique des genoux
– ; et l’habileté technique de leurs tresses, qui leur permettent de
porter une lourde charge sans que l’artiste ait dû leur épaissir le cou.
Mais
pour nous, visiteurs d’un instant qui nous contentons d’admirer sans trop savoir,
ce portique est simplement émouvant. A côté de l’immense Parthénon proche des
Dieux, nous sommes devant ces six jeunes femmes comme devant des amies
terrestres, attentives et dévouées, qui nous donnent en silence une leçon
domestique. Elles nous disent que le travail est un accomplissement et qu’il peut
rendre beau ; elles annoncent Marthe.
Plaka est le plus
ancien quartier d’Athènes, au pied de l’Acropole ; c’est un labyrinthe largement
piétonnier de ruelles et de jardins que se disputent marchands de souvenirs,
restaurants typiques, orfèvres de petit aloi. On s’y perd avec plaisir, car au
détour de toutes les sentes on lève la tête et la silhouette tutélaire du
Parthénon nous remet dans le droit chemin.
Sur
cette photo la rue est encore large, il y a un trottoir et une voiture ;
on n’est donc encore qu’à la lisière du vieux quartier.
A
chaque pas on rencontre des marchands grecs qui attendent la pratique en jouant
au jacquet ; des spectateurs attentifs analysent la chance et la tactique
de chaque joueur. Les pions claquent sur le tableau, les dés roulent, on
s’exclame et on invoque les divinités de l’Olympe, tout près d’ici.