
C’est aujourd’hui dimanche, et la basilique est comble. De croyants sans doute, et peut-être aussi d’agnostiques venus pour admirer Saint Marc, ce qui est une autre forme de la foi.
Nous sommes entrés avec les quelques touristes du dimanche matin ; nous n’avons le droit de visiter que le musée de la basilique et les étages au-dessus de la foule des fidèles. Mais c’est un plaisir rare de marcher à cette hauteur en profitant de la musique et des chants juste sous la voûte illuminée, si proche, si illustrée, si inspirée.
La lumière entre à flots par des ouvertures pourtant médiocres ; mais la mosaïque d’or reflète chaque rayon et lui offre une réverbération inouïe. Il ya là, dans les courbures circulaires du plafond, quelques personnages bleus et carmin ; on a semé à leurs pieds des lignes de latin pour édifier ceux qui savaient lire. Mais partout l’or flambe – c’est le fond de toutes ces images, c’est le fond de toutes choses. La lumière qui vient de partout nous égare et nous plonge dans une ivresse.
La Sérénissime a construit sa fortune sur le commerce, mais aussi sur la violence. Elle ne s’est jamais embarrassée de scrupules ou de remords. Elle a volé, confisqué, partout où cela était possible. Après Babylone, après Istanbul, elle a construit par la force un empire auquel nous devons beaucoup et qui nous a faits ce que nous sommes.
L’or de sa voûte la plus sacrée n’est pas seulement la plus grande gloire de Venise ; c’est aussi l’élégance, c’est l’esprit, c’est enfin paradoxalement l’humanisme qui nous sont nés de cette richesse.
Nous sommes tous des enfants de Saint Marc.