
A Tintagel, sur la côte nord de la Cornouailles le roi Arthur est partout, ainsi que ses compagnons. La guesthouse la plus proche – Ye Olde Malthouse Inn, qui se prétend installée là depuis le XIVème siècle – a baptisé chacune de ses chambres du nom d’un de ces glorieux chevaliers.
Tintagel est un petit village rassemblé autour de sa vieille poste au toit de lauzes dont la charpente fléchit, et de la péninsule où un habitat ruiné est tout ce qui reste de la cour d’Arthur. Tintagel doit beaucoup à Geoffrey de Monmouth, qui peu après l’an Mil raconta les faits et merveilles de la Table Ronde au VIème siècle ; et tout d’abord qu’à Tintagel Merlin réussit à faire passer Uther Pendragon pour le roi Gorlois parti en guerre sainte, trompant la reine Igraine et faisant ainsi de lui le père d’Arthur. Deux cents ans plus tard Chrétien de Troyes se mêla de l’affaire en ajoutant Lancelot et le saint Graal ; on fignola avec Excalibur, et le dernier repos d’Arthur à Avalon, que l’on cherche toujours. Ainsi fut créé le mythe du roi nécessaire capable de conduire le peuple romano-celtique contre le barbare saxon.
La mer bat inlassablement le pied de la péninsule où se dressent d’indiscutables ruines ; des phoques s’abandonnent paresseusement au flot. Le chemin qui mène au château est malaisé, il tourne et grimpe abruptement ; il débouche sur un plateau assez ample où figuraient de nombreux bâtiments. Plus on monte, plus le ciel est vaste ; on a le cœur dilaté, et envie de croire à cette fraternité du courage et de la générosité.








