
Douce et vallonnée, souple au regard comme un velours, cette lande du Yorkshire a pourtant inspiré les romans les plus sombres qui soient. On y vient en pèlerinage du monde entier pour rejoindre les héroïnes malheureuses qui ont fait pleurer d’innombrables lecteurs, et pas seulement des demoiselles. Amours contrariées, maladies éprouvantes, mort de peine et de douleur, mariages trompeurs – rien n’est épargné au lecteur ; la lande prête son décor dénudé à ces tragédies qui se déroulent, pour l’essentiel, aux Hauts de Hurlevent.
Ce fut le seul livre d’Emily Brontë. L’année même de sa publication sa sœur Charlotte édita Jane Eyre, qui connut un succès phénoménal ; on connaît l’histoire de cette orpheline volontaire et vertueuse qui traversera les plus grandes épreuves avant de trouver la paix dans un mariage d’amour longtemps différé.
La lande sous le soleil donne une impression de bonheur calme ; c’est pourtant une vie sombre et difficile que connurent les sœurs Brontë chez leur père – un pasteur désespéré par la mort de sa femme, dont la demeure hostile et froide, qu’on appelle dorénavant à Haworth le Parsonage, est devenue un musée.
Un grand tableau dans le Parsonage rassemble les mystères et les funestes pressentiments qu’inspire la demeure et qui traversent les livres des sœurs Brontë. Sur ce grand portrait des filles – Charlotte, Emily, Anne – on reconnaît le décor, on comprend la tristesse de leur vie. Et si on l’examine attentivement, dans un espace vide entre les sœurs on voit apparaître le portrait transparent, fuligineux, du frère aimé et mort trop tôt – un fantôme de frère, celui-là même qui a réalisé le tableau.







