Carlsbad.

Carlsbad, 1er août 1994


La ville tchèque de Karlovy Vary, station thermale célèbre depuis le XIVème siècle, est surtout connue sous son nom allemand de Carlsbad (comme Mariánské Lázně est surtout connue sous le nom de Marienbad) ; ses sources d’eau chaude, acidulées par surcroît, étaient recherchées à une époque où on cherchait à soulager puisqu’on ne savait pas guérir. Le traitement relève bien d’une attitude judéo-chrétienne où l’on sait que tout s’acquiert dans la souffrance, car il faut une grande détermination pour boire ces liquides chauds au goût infect.

Il est possible que certains curistes aient retiré un soulagement de ces soins ; en tout cas il fallait une notable aisance financière pour profiter de leurs bienfaits pendant toute une cure. La saison des bains était d’ailleurs un moment de retrouvailles entre l’aristocratie européenne, les grandes fortunes, les artistes en vue, les politiques influents. Les villes d’eaux devenaient des centres intellectuels à la mode, on y construisait des palaces, des colonnades, des jardins, des promenades. Cette vie mondaine dans le luxe, la mélancolie romantique, le mal de vivre, tout se rassemble dans la notion de mitteleuropa.

L’image nous montre une des rues admirables de Karlovy Vary, avec ses façades pastel, ses massifs fleuris, sa forêt toujours proche. Il est tôt dans l’après-midi, on est un lundi, la ville somnole ; les curistes font la sieste. Seule une passante regarde autour d’elle avec curiosité ; perdue dans cette ville où ne la guette que son destin elle pourrait être un personnage de Stefan Zweig.


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