Le Lude

Le Lude, août 1976

Au cœur de cette petite ville de la Sarthe, près du pont de pierre qui franchit le Loir – ou doit-on dire la Vivonne ? –  un grand château rassemble son troupeau de maisons blanches.

Car le tuffeau est partout, et même dans les murs de ce château qui se voulait fort. Mais sa construction s’est achevée à un moment où il n’était plus possible d’opposer des murailles, si épaisses soient-elles, aux couleuvrines du roi de France. Le Lude s’est donc transformé en demeure, en mesnil, et on a creusé d’amples fenêtres à meneaux pour faire entrer la lumière à travers les lourdes parois des tours. Le dernier remaniement a été celui de la façade Louis XVI, face à une roseraie protégée des regards par une dense rangée de marronniers.

A gauche du bâtiment s’étire le grand parc, ouvert au public, où les ludois aimaient faire une promenade dominicale ; on commençait par la vaste futaie, jusqu’aux Tourelles, et on revenait le long de la rivière. On flânait le long de l’eau sur la terrasse fleurie et on remontait par un escalier en colimaçon où les enfants se poursuivaient en tentant de s’effrayer. C’était un grand tour, on avait pris l’air, et en automne les garçons revenaient avec les poches pleines de beaux marrons d’Inde ronds et brillants ; c’était notre côté de chez Swann.

Le Lude a des murs blancs de pierre souvent sculptée et des toits bleus d’ardoise fine. C’est un joli village de la Loire. Mais il a perdu ses commerces, il a perdu ses artisans, il a laissé partir ses entreprises. Le Lude vit dans ses souvenirs, il vivra bientôt dans ses rêves, puis il ne vivra plus du tout.

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