
La casa Tompkins est cachée rue Factoria derrière un portail anonyme. On n’y pénètre que sur recommandation.
Ce n’est pas un hôtel, ni une chambre d’hôtes. C’est une maison ancienne où les chambres sont mises à disposition d’hôtes qui forment un réseau, même s’ils ne se connaissent pas.
Les chambres n’ont pas de clé. La clientèle est très internationale – on téléphone donc dans le monde entier, à toute heure, en marquant sur un cahier la durée et la destination de sa communication. Pour ne pas léser l’hôte, on ajoute une minute à sa communication.
Les chambres sont spartiates ; il n’y a ni vitres ni fenêtres, mais des claustras qui laissent passer l’air tiède – à Carthagène des Indes il fait la même température en été, en hiver, le jour et la nuit.
Le matin on déjeune d’une salade de fruits frais – mangues, oranges, pamplemousses -, de piperade et de café colombien ocre et doux. Dans les feuillages du vaste patio, de petits perroquets verts nous regardent en hochant la tête ; ici et là, au détour d’escaliers et de paliers surprenants, de grandes vasques d’eau transparente attendent les baigneurs alanguis par la chaleur. Près de l’entrée un grand salon au mobilier sévère et aux chaises de cuir cordouan invite à lire dans une ombre claire le journal du matin.
Par son confort secret, par la confiance qui libère l’esprit, par sa beauté étrange la casa Tompkins donne une idée de ce que pouvait être, au cœur de Paris, le palais Eldorado du prince Fortunio.