
Nous sommes dans le quartier de la Boca, presque sur le Riachuelo, ce ruisseau sombre franchi par un pont dont la silhouette typique est gravée dans l’imaginaire de tous les porteños. Caminito, rue d’une centaine de mètres, fait désormais figure de musée ; elle accueillait au début du XXème siècle les immigrants pauvres – espagnols, juifs d’Europe centrale, italiens surtout qui hissèrent un jour le drapeau de Gênes pour revendiquer leur indépendance ! – dans des petits appartements misérables qu’on appelait des conventillos. Chaque pièce abritait une famille, les points d’eau étaient rares, on partageait tout. La construction, de quelques étages, avait été menée à l’économie ; la structure était en bois, le tout était revêtu de tôle ondulée que l’on peignait – comme dans beaucoup de ports du monde – avec les restes de la peinture dédiée aux bateaux, ce qui explique les juxtapositions disparates qui ont fini par devenir un style…
Le quartier est sillonné par les touristes, ils trouvent des boutiques de brimborions, ils photographient les danseurs des rues. Buenos Aires est une ville énorme, tonitruante, sans style ; elle a trouvé en Caminito des racines, une histoire pittoresque, un lieu qui a inspiré des poèmes tristes et des tangos désespérés.
Malgré la musique, malgré les couleurs, malgré l’animation à Caminito il fait triste.