
Autour de la fontaine de La Carolina les vieilles femmes qui viennent chercher l’eau échangent les dernières nouvelles du village.
La Carolina a été construite vers 1770 en trois ans par Charles III, qui lui a donné son propre nom. Ce fut peut-être le meilleur roi que l’Espagne a connu, imprégné de l’esprit des Lumières, à qui elle doit des réformes essentielles : la fin de la torture dans la procédure judiciaire, la fin de la mesta qui avait ravagé le pays, un statut pour les gitans, la création de la nation espagnole – ce qui ne va toujours pas de soi – et pour la symboliser la création du drapeau actuel. Et comme roi de Naples il a lancé la construction de Caserta et les fouilles d’Herculanum, de Pompéi et de Paestum. Excusez du peu !
Goya a fait de ce roi passablement laid un portrait où apparaît, sous le tricorne français qui remplaça à la Cour le sombrero, toute sa bienveillance et son ironie.
Il était ce qu’on appelait alors un physiocrate, et c’est la raison de l’invention de La Carolina. Pour ces esprits éclairés on devait attacher une importance particulière à l’agriculture conçue comme une science, et une science humaine. On voit sur la photo les grands eucalyptus que Charles III a fait planter pour assainir des terres qui furent alors distribuées aux sans emploi des villes et aux migrants arrivant des Pays-Bas qu’abandonnait l’Espagne. Les rues de la ville sont perpendiculaires comme un plan de L’enfant ou du marquis de Pombal ; pour beaucoup, soyons-en sûrs, La Carolina fut un refuge, une ressource, l’aisance dans la paix, un vrai bonheur sur terre.








