
Il y a bien des choses terribles à Auschwitz ; des choses qu’on ne voudrait pas voir, des choses dont on ne voudrait pas se souvenir. Il y a des salles submergées de chaussures misérables ; des salles accablées de valises éventrées, portant un nom, souvenir ultime d’une personne réduite à l’état de signe ; des salles où des monceaux de lunettes mêlent leurs branches en un brouillard délicat. Des salles avec des pots et des gamelles, des salles rassemblant des prothèses de handicapés…
Il y a aussi des salles pour les interrogatoires, c’est-à-dire les tortures ; pour les expérimentations les plus hallucinantes ; il y a des dortoirs dont les animaux ne voudraient pas ; il y a des latrines collectives. Mais avant l’arrivée des alliés les nazis ont fait sauter les salles de gazage et les fours crématoires.
Il y a aussi, surmontant un portail, cette inscription dérisoire et grinçante dont chacun se souvient :
Arbeit macht frei.
Dans le coin d’une salle il reste des boîtes de Zyklon B, cet insecticide produit à un rythme effréné par IG Farben, conglomérat industriel à qui les responsables du camp avaient emprunté leur devise, arbeit macht frei.
IG Farben a été grondée en 1945 pour avoir participé sciemment à l’extermination, et pour avoir utilisé dans les camps 80 000 travailleurs forcés dont l’espérance de vie, chacun le savait, était de 6 mois. Elle a été dissoute et divisée en douze sociétés aujourd’hui très prospères (dont Hoecht, BASF, Bayer, Agfa…). Arbeit macht frei.