
La rivière paresseuse noue ses méandres sous le soleil du Capricorne ; son cours est jaune et brun, et l’eau luit dans la lumière. Dans le fond les contreforts de la chaîne andine forment un décor irréel, sans couleur et sans relief.
On est dans la vallée Calchaki, près du sommet du même nom qui culmine à 6 000 mètres ; les Andes sont une chaîne puissante, la plus longue du monde et une des plus hautes. La route passe par Tílcara, petite cité dont on visite l’église à la charpente de léger « bois » de cactus, le cimetière indien et le pauvre musée ; puis par Humahuaca, à 3 000 mètres d’altitude, où l’on mange des tamales et du poulet frit. Elle finit à La Quiaca, porte d’entrée en Bolivie. Toutes ces villes de la puna subissent une chaleur brutale et sèche dans un cadre de western ; sur les pentes poussiéreuses des collines descendent de grandes armées hostiles de cactus candélabres.
En contrebas une vingtaine de lamas, de toutes les couleurs, se sont rassemblés dans le lit du río. Curieux, ils lèvent la tête et surveillent notre arrivée. Ces animaux sont beaux, fiers, indociles comme des chats quoique sociables entre eux et avec les hommes. Ils n’acceptent que des charges médiocres, donnent leur laine – l’alpaga – une fois dans leur vie, produisent une viande peu appréciée. On les utilise parfois comme gardiens de troupeaux. Ils ont trouvé, en somme, une manière de vivre auprès des hommes sans être exagérément inquiétés.