Clonmacnoise

Clonmacnoise, 16 juillet 1988

Au centre de l’Irlande, au bord d’une plaine rendue marécageuse par le Shannon, on est surpris de rencontrer dans un paysage nu les restes d’une ville monastique si importante.

Les premiers évangélisateurs se créèrent vite une réputation de saints. Autour d’eux les premiers convertis réservaient aux exercices spirituels l’essentiel de leurs forces et de leur temps ; ils créèrent une communauté, des lieux de culte rustiques qui devinrent des monastères, puis rassemblèrent quelques livres, à l’origine des bibliothèques. Mais au long de ces âges farouches – IXème, Xème siècle – les hommes du nord arrivaient en drakkars, qui mettaient les cités à sac, s’emparaient des vivres, violaient le plus souvent et égorgeaient volontiers. Aussi construisait-on de hautes tours dont l’accès était élevé et qui servaient de donjon.

A Clonmacnoise on admire aussi les hautes croix de granit à la symbolique complexe ; elles ont été, dans le siècle précédent, mobilisées contre la croix de Lorraine et se sont compromises avec la svastika, autre croix.

A Clonmacnoise on trouve des croix celtiques, des tours rondes, des monastères et le ciel.

Glendalough.

Glendalough, août 1993.

Le site monastique de Glendalough, situé dans les monts Wicklow à quelques dizaines de kilomètres au sud de Dublin, est entièrement dédié à saint Kevin, qui avec saint Patrick est le plus révéré d’Irlande. Il comprenait une cathédrale aujourd’hui ruinée, comme c’est souvent le cas dans l’île des Saints ; une grande tour ronde haute de trente mètres, un cimetière, diverses églises, des monastères et la curieuse construction sur la gauche qu’on appelle irrévérencieusement la cuisine de saint Kevin – en fait une fruste chapelle où sans doute il aimait se retirer ; ressemblant à un jouet, couverte de lauzes, elle date donc environ de l’an 600.

Divisé par un vif ruisseau qui emporta naguère le petit pont permettant de le franchir, le site est resté naïf et frais malgré les pèlerinages, les touristes et les prédateurs qui le dévastèrent. Il est plein de charme ; la nature y est verte avec exubérance, comme il est naturel dans ce pays dont c’est la couleur nationale – ne dit-on pas qu’il en existe ici quarante nuances ?