Abbaye aux hommes.

Caen, mai 1987.

Il est là, le seul conquérant de la Grande Bretagne, guerrier, gestionnaire, créateur du plan terrier anglais, le Domesday Book, et donc le premier à décrire la société terrienne de la grande île.

Il est là, le fils du Magnifique et d’Arlette, lavandière de petite extraction ; lui dont la vie, dès l’enfance, fut environnée de menaces, de meurtres, de sang et de fureur.

Il est là, le créateur de la première réserve écologique d’Europe, la New Forest – réserve essentiellement consacrée, il est vrai, à la chasse royale.

Il est là celui qui apporta au rude langage saxon les mots du français rendus nécessaires par ces changements de vie et de gouvernance.

Il est là, celui à qui le pape imposa de construire ce qui devait être sa dernière demeure, et un peu plus loin l’autre abbaye, celle des femmes, pour expier d’avoir fait de sa cousine Mathilde sa femme.

Guillaume devenu William, il est là, le Conquérant.

Le Mont.

Le Mont Saint Michel, 24 septembre 2007.

Que dire sur le Mont qui n’ait été déjà dit et redit ?

C’est au point qu’en face, à l’extrémité des Cornouailles, les anglais ont installé sur l’ilot qui borde la baie de Penzance un autre Saint Michael’s Mount

La fête du hareng.

Dieppe, novembre 1985.

A vrai dire, ce jour de novembre est à Dieppe la fête de tout le monde – sauf du hareng ! Grillé en plein vent, servi à la terrasse de tous les restaurants, par son sacrifice il prodigue aux commensaux le bon cholestérol qui entretiendra leurs artères.

Il fait froid – il fait souvent à ce moment de l’année un froid de gueux. Mais il fait soleil, et les familles profitent de cette fête sur le quai Henri IV ; le long du bassin se sont installés les manèges et les stands des enfants ; côté terre les restaurants ont étendu leurs terrasses sous des tentes qu’ils chauffent, et des traiteurs vendent le poisson qu’on mangera ce soir au dîner dominical.

Depuis cinquante ans Dieppe fait vivre ainsi la fête du « poisson-roi » dont il fournissait Paris avec les ports d’Étretat, de Saint Valery et de Fécamp ; cinquante ans ce n’est pas beaucoup, mais on a l’impression que la fête date du Moyen-âge tant elle est entrée dans les mœurs – 100 000 visiteurs chaque année ! Et comme Dieppe est aussi le premier port français pour la pêche à la coquille Saint-Jacques, la fête du hareng profite de la présence de ce coquillage, absolu délice ! On boit du vin blanc, on hume la fumée des grillades, on examine les menus et surtout on saute sur la première place libre.