Le diamantaire.

Anvers, 28 février 1985.

Il est impassible. Il rêve sans doute, devant son long travail aux effets imperceptibles, aux pays d’où vient la pierre de lumière qu’il use lentement. Il rêve d’éléphants dans la savane, de lions somnolents, de baobabs ventrus à l’ombre parcimonieuse ; il rêve de noirs au regard brillant qui émergent de la terre ingrate, de machines extraterrestres qui arpentent le sol où le soleil est enfoui… Il ne prend pas garde au lent défilé des touristes fascinés, dont beaucoup ne verront jamais que de loin les diamants qu’il taille.

Il a de la technique ; il sait les angles qu’il faut respecter pour multiplier la lumière, il sait la pression qu’il ne faut pas dépasser, il décèle et déplore les paillettes qui abaissent la valeur de son travail. Du blanc river au jaune il sait les couleurs qui vont sortir de la gangue, il attend depuis le début de son métier le diamant noir qui illuminera sa vie – mais qui probablement n’existe pas.

Ce soir, perdu dans un fleuve de cyclistes il va rentrer dans sa maison chaude au bord du canal, et sur le chemin il rêvera encore de lions et de savane.

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